Quand la Libre Pensée se trompe d’ennemis…

 

Après avoir obtenu, à juste titre, la condamnation de l’Etat dans l’affaire de financement public des Ostentions limousines, la Libre Pensée vient de s’en prendre à des subventions perçues par la Calendreta Lemosina, école d’immersion occitane basée à Limoges.

 

La Calendreta fait partie d’un réseau d’écoles laïques assurant un enseignement public en occitan. Mais au-delà d’être une simple école défendant une langue traditionnelle, c’est aussi et avant tout une école défendant une pédagogie active. C’est ainsi que les enfants sont réellement impliqués dans l’école et dans sa gestion à travers des assemblées, que les contrôles traditionnels sont remplacés par des passations de ceintures (comme au judo), que l’enfant a le choix dans ses activités ou encore que les nombreux projets menés par l’école ne la limite pas au bachotage qui tend trop souvent à gagner les cours des écoles publiques.

 

Et que dire du fonctionnement entre enseignants ? Ils se réunissent en amassadas federales et confederales afin de décider de ce que doit être le projet des calendretas. Ce langage faisant directement écho au syndicalisme est bien à sa place dans le mouvement des Calendretas.

 

Cette pédagogie revendiquée par la Calandreta est issue du mouvement Freinet. C’est une pédagogie sociale élaborée au cours du 20ème siècle sur le mot d’ordre « Changer d’école pour changer le monde, changer le monde pour changer l’école ». Le propre de ces pédagogies est que, quels qu’en soient leurs instigateurs (Freinet, Faure, Ferrer…), elles ont toujours dû se construire en dehors des écoles publiques. En effet l’Etat ayant bien compris que leur but d’épanouir l’enfant pour en faire un être libre va à l’encontre de ses intérêts n’a jamais favorisé son expansion.

D’ailleurs aujourd’hui les écoles utilisant ces pédagogies sont bien rares dans l’enseignement public et ce n’est généralement que quand la moelle révolutionnaire en a été vidée au profit d’un « bénéfice pédagogique » qu’elles obtiennent quelque soutien de l’institution.

 

D’autre part alors que l’occitan est enseigné dans les écoles publiques dans de nombreux départements du sud-ouest, rien n’est fait localement par l’Education Nationale, même si les enseignants de Haute-Vienne peuvent obtenir l’habilitation à enseigner l’occitan dans leur classe. L’institution n’assurant donc pas son rôle pour la pratique de cette langue, on peut considérer que le Conseil Général s’y substitue partiellement à travers cette subvention.

 

Si on peut comprendre que la Libre Pensée vérifie les subventions accordées par le Conseil Général, il nous semble qu’en la situation elle le fait comme un véritable contrôleur de gestion et non comme une organisation à visées philosophiques ou politiques.

« Etre libre penseur, c’est avant tout la liaison entre liberté et rébellion » dit le site de la Libre Pensée. Cette belle phrase nous semble aujourd’hui aller à l’encontre de cette attaque contre les financements d’une école qui espère mener des enfants sur le chemin des femmes et des hommes libres…